Nous avons reçu jeudi 27 mai cet appel au secours de Daoud Nassar qui nous avait reçu et hébergé en juillet dernier : « Aujourd’hui à 14h cet après-midi, deux dirigeants de l’administration civile israélienne sous la protection de soldats israéliens sont venus à notre ferme et nous ont donné NEUF ordres de démolition pour neuf (structures) que nous avons construits ces dernières années sans permis de construire de l’autorité militaire israélienne. Les ordres de démolition sont pour : tentes, abris d’animaux, toit en métal devant les deux vieilles maisons, les toilettes (abris), un réservoir d’eau, un container en métal et 2 structures rénovées souterraines en caverne. Un dirigeant écrivait les ordres de démolition et l’autre prenait des photos avec deux appareils photo, les soldats israéliens les suivaient partout et dirigeaient leurs pistolets sur nous.
Les ordres de démolition ont été écrits en hébreu et j’ai refusé de signer en les recevant. Nous avons 3 jours seulement pour réagir  contre ces ordres de démolition. Le timing pour délivrer les ordres de démolition a été calculé correctement et exprès jeudi, afin de rendre difficile pour nous d’essayer d’arrêter ces ordres par la cour israélienne dans les 3 jours, en raison du week-end juif (vendredi et samedi). L’idée est de rendre impossible pour nous d’agir rapidement. J’ai contacté notre avocat et il écrira une opposition et l’enverra au tribunal militaire dimanche matin. Nous espérons obtenir un papier de la cour par notre avocat le dimanche matin pour arrêter les ordres de démolition.
Nous voudrions vous demander d’être disposé et rapide pour des actions, si quelque chose pouvait se produire. Nous vous maintiendrons au courant et vous guiderons pour des actions, mais merci de faire suivre cet email à vos amis. Soyez prêt SVP pour des actions… Merci de toute votre solidarité et votre soutien.
Ils essayent de détruire notre esprit, mais nous sommes déterminés pour résister et surmonter le mal avec le BIEN et la justice régnera.
Bénédictions et Salaâm,
Daoud
»

Vous pouvez lui adresser votre soutien (en anglais ou en arabe) à cet email : dnassar@tentofnations.org

MAJ du 2 juin 2010 : les menaces de démolition se font plus précises. Daoud et sa famille ont besoin d’urgence de votre soutien. Signez la pétition en ligne ici

Nous avons reçu à ce sujet cet article de Jean-Paul Hébert des Alternatifs de Seine-Maritime qu’il nous a autorisé à publier :

LES TOILETTES DE BETHLEEM

Jeudi 27 mai 2010 les soldats israéliens ont a nouveau envahi la ferme « Tent of nations » au sud de Bethléem. Ils ouvraient la voie à des représentants de l’administration civile israélienne venus signifier des ordres de démolition.

Cette ferme où vit et travaille une famille chrétienne, la famille Nassar, se situe sur des terres appartenant à la famille depuis au moins 1916 comme en témoignent les papiers qu’heureusement ils possèdent. Mais cela n’empêche pas l’administration israélienne de vouloir expulser ces palestiniens. Ceux-ci résistent de manière non-violente à la colonisation avec l’appui de militants israéliens et internationaux et ils constituent pour l’administration israélienne un symbole insupportable qu’il convient de réduire par tous les moyens.

Les procès succèdent aux procès (dix- sept à ce jour). Les intimidations sont chroniques (250 oliviers coupés par des colons fanatiques proches, incursions militaires de préférence la nuit où l’on brise les clôtures et on fait sortir de son lit par la force la vieille mère, contrôles  sous tous les prétextes et spécialement au moment des fêtes religieuses (Noël, Pâques) où la famille voudrait pouvoir descendre à Bethléem participer aux célébrations). Les décisions administratives pour rendre la vie impossible se succèdent : pas d’accès à l’électricité (alors que les colonies environnantes sont éclairées a giorno), confiscation de la parcelle de terre où ils pouvaient puiser l’eau (ils doivent donc s’organiser avec la récupération de l’eau de pluie), barrage de rochers installés sur la route la plus courte pour monter à la ferme (un barrage sans soldats, sans surveillance, juste fait pour empêcher la circulation …).

La seule protection de ces paysans pacifistes c’est la solidarité des justes israéliens (car à la différence de Sodome et Gomorrhe, il y a des justes en Israél) et des internationaux. C’est ainsi que notre groupe rouennais de l’AFPS ayant eu l’occasion à deux reprises de partager des temps de vie et de travail avec Tent of Nations, nous avons pu les aider à acquérir un tracteur avant que la construction du mur n’empêche le passage de matériels de cette taille. Des amis allemands ont installé ces derniers mois des panneaux solaires procurant un minimum d’électricité.

Les ordres israéliens du 27 mai sont une escalade dans les pressions exercées contre ces palestiniens : dans cette zone théoriquement « zone A » c’est-à-dire sous autorité palestinienne, l’administration israélienne s’arroge le doit de décider ce qui peut être construit ou pas. Et elle le fait avec une rouerie éprouvée : l’ordre est apporté le jeudi. Le délai de réaction est de trois jours , mais le sabbat (vendredi et samedi) ne laisse que le mince espoir du dimanche pour obtenir une décision (éventuelle) de la cour israélienne. Et les documents « justifiant » l’opération et présentés à la signature du chef de famille palestinien sont rédigé uniquement en hébreu.

Les ordres ne lésinent pas : il s’agit de détruire neuf « constructions » , dont il n’échappera à personne la menace qu’elles peuvent représenter et l’urgence qu’il y a à les détruire puisqu’il s’agit des trois tentes dans lesquelles sont accueillis les internationaux, des abris pour les animaux (chèvres, un âne, volailles), d’un réservoir d’eau, de deux aménagements de grottes existantes, et de toilettes sèches installées l’été dernier par des pacifistes israéliens et des internationaux.

On a bien lu ce qui précède, il est interdit de construire des toilettes ! On hésite entre un rire nerveux et une sainte colère. On se dit que c’est un cauchemar, qu’on va se réveiller. Mais, il ne s’agit pas  ici d’une initiative d’un petit chef local cherchant quoi inventer pour pourrir la vie des palestiniens, ni d’une « erreur »  d’un rédacteur. Que non, Il s’agit bien d’une décision préparée, délibérée, soigneusement planifiée. Interdiction de construire des toilettes !

A quoi veut-on réduire ces êtres humains au rang d’animaux déféquant en pleine nature, pour faire des images pour les caméras et les téléobjectifs des soldats et des colons alentours ?

Eh quoi, dira-t-on, vous faites bien des histoires. Il n’y a pas mort d’homme. il n’y a pas mort d’homme, mais Il y a refus d’humanité, il y a écrasement par la force du droit et de la dignité, il y a empêchement de fraternité.  Il y a un harcèlement misérable et indigne. Il y a un mépris radical de l’autre. Il y a la morgue du fusil d’assaut contre l’utopisme de ceux qui disent dans leur message d’information « Ils essayent de détruire notre esprit, mais nous sommes déterminés à résister /…/ et la justice régnera. »
Pour qui voudrait vérifier que la description ci-dessus n’est pas exagérée, il est possible de demander des précisions à : dnassar@tentofnations.org de se rendre sur le site : http://www.tentofnations.org/ ou mieux encore d’aller sur place, si l’entrée ne vous est pas refusée par les autorités israéliennes (dans ce cas prévoir comment s’organiser en l’absence de toilettes).

Jean-Paul Hébert, école des hautes études en sciences sociales, membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme