Ecoliers à JaffaCe titre désigne la partie de la population palestinienne qui est restée dans les limites géographiques de l’Etat d’Israël au moment de la Naqba, pendant la guerre de 1948-1949.

Certains ont été chassés de leurs villages et ceux-ci ont parfois été détruits. Au total, 800 000 Palestiniens ont été expulsés de leur territoire. Seuls 350 000 sont restés. Ils sont devenus des réfugiés de l’intérieur.

Après 1948, les propriétés palestiniennes ont été mises sous tutelle d’un administrateur, tant qu’une solution au problème des réfugiés n’était pas trouvée: l’Etat en avait l`usufruit mais ne pouvait les vendre. C’est la « fameuse » loi sur les « présents absents », qui permet d’exploiter les terres de Palestiniens présents sur le territoire mais absents de leur terre ou de leur maison.

En 1960, la loi de l’Administration des Terres par Israël regroupe toutes les terres confisquées par Israël et celles du Fonds national juif sous une même administration, qui peut répartir et louer les terres aux juifs, mais pas les vendre.

En parallèle, ces Palestiniens ont été sous gouvernement militaire jusqu’en 1966.

Ces Palestiniens sont de fait citoyens israéliens, n’habitent pas leur maison d’origine ou font partie de villages non reconnus, donc non alimentés en infrastructures et services publics (santé, éducation, eau, électricité,…).

Géographiquement, ils sont dans ce qu’on appelle les villes mixtes, Tel-Aviv-Jaffa, Haïfa, Acre, dans le nord de la Galilée (autour de Nazareth) et au sud dans le désert du Naqab (Neguev en hébreu).

Dans le désert du Naqab, les bédouins sont regroupés de force dans des villes pour servir de main d’œuvre pas chère aux israéliens. 45 villages sont non reconnus dans ce secteur.

Ils sont actuellement 1,5 million et ne possèdent que 3,5% de la terre. La démographie les oblige à demander des permis de construire, ce qui leur est refusé par Israël.

La dernière loi promulguée cette année par la Knesset autorise l’Administration des Terres à vendre les terres qu’elle détient à ses locataires juifs actuels. Les habitants des kibboutz et des moshav pourront ainsi transformer ces terres en pôles industriels et touristiques.

En conséquence de la promulgation de la loi et de l’échange qui en résultera, la complète propriété de 90.000 logements sera transférée à leurs locataires juifs actuels.

Quelques exemples de discriminations : le fait de ne pas être admis à faire le service militaire éloigne les Palestiniens d’une liste d’emplois et d’aides diverses.

À Acre, nous avons longuement parlé avec un militant contre les expulsions des maisons du centre historique. Il nous a expliqué que, dès l’enfance, on explique aux enfants juifs à travers les livres scolaires que les Palestiniens sont sales, fainéants, sauvages et terroristes, des clichés dévalorisants les distinguant comme infra-humains. En parallèle, l’Etat interdit depuis peu le terme de Naqba dans les livres scolaires Palestiniens.

La vieille ville d’Acre, magnifique, est une ville entièrement arabe. Les juifs israéliens sont en train de se l’approprier en interdisant aux Palestiniens de racheter les maisons vides. Même les banques ont l’interdiction de leur accorder des prêts immobiliers. Acre risque de ressembler à Jaffa, où la vieille ville a été entièrement « prise » par des bobos juifs, israéliens ou américains, artistes et financiers.

Les Palestiniens de 48 ne vont pas à l’université de Jérusalem, hébraïque, qui ne délivre des cours qu’en hébreu, alors que les deux langues officielles sont l’hébreu et l’arabe. Ils sont obligés d’aller en Jordanie pour étudier.

Près de Nazareth, l’armée israélienne a détruit un village en 1950, ne laissant que la mosquée mais interdisant aux villageois de venir y prier, et la laissant ouverte aux quatre vents. Pour marquer leur territoire, ils ont établi un cimetière juif sur les terres du village, interdisant aux villageois de pénétrer dans le cimetière musulman.

Sur l’ensemble du territoire d’Israël, un apartheid mental existe et se renforce. Les deux populations cohabitent, mais les Palestiniens sont « transparents » : tout est fait pour faire en sorte qu’ils n’existent pas.

Beaucoup de Palestiniens de 48 ne semblent pas mesurer à leur juste « valeur » les propos d’Avidgor Liberman et ce qu’ils impliquent, à savoir leur « transfert » en Cisjordanie, voire au-delà du Jourdain. Ce qu’ils nous disent, c’est qu’ils ne partiront pas, ni en Cisjordanie, ni ailleurs. Leur situation économique est meilleure qu’en Cisjordanie, mais ils ne sont que 20% de la population de l’Etat d’Israël et semblent plus « atomisés » que dans les territoires occupés. Ils ne se sentent pas vraiment représentés par les députés arabes à la Knesset, qui servent d’alibi de démocratie.

Un paradoxe: lorsqu’ils se déplacent dans des pays arabes, leur passeport israélien leur attire une suspicion voire une hostilité, car ils sont israéliens.

Les Palestiniens de 48 représentent un enjeu important actuellement car la pression s’intensifie sur eux, de la part de colons qui veulent judaïser le territoire et de l’Etat qui attend d’eux une allégeance à la judéité de l’Etat, chose impensable pour eux. Et donc, devenant une « cinquième colonne » pour l’Etat, tout va dans le sens d’une nouvelle expulsion de chez eux.

C’est pourquoi, nous devons soutenir des associations comme Adalah – Justice en langue arabe- (Centre Légal pour les droits de la minorité arabe en Israël), basée à Haïfa, qui se bat pour l’égalité des droits entre tous les résidents d’Israël.