Rencontre avec Samia BamiehPendant notre séjour, nous avons tenu à rencontrer des militants politiques ou associatifs libres de responsabilité dans un mouvement politique. C’est le cas de Samia Bamieh qui pendant 30 ans a suivi au plus près le Fatah faisant partie de l’équipe rapprochée d’Arafat au temps des accords de Washington en 1993. Elle a aussi été ministre de la coopération internationale, du plan et des relations avec l’Europe. Elle a coupé avec l’action politique directe en 2006, mais consacre aujourd’hui son temps à l’Union Générale des Femmes Palestiniennes.

Elle nous a décrit la situation politique interne en Palestine, qu’elle a qualifiée de difficile avec le coup du Hamas à Gaza, la séparation politique qui s’en est suivie, la vie de plus en plus dure avec le mur, les destructions et l’occupation. Elle est issue du Fatah, mais l’a boudé plusieurs fois. À son avis, aujourd’hui il n’y pas d’alternative, la gauche n’ayant pas su construire un mouvement populaire large en restant trop sectaire. Elle espère du changement au sein du Fatah lors du prochain congrès convoqué ce 4 août. Le Fatah doit se démarquer de l’OLP avec laquelle il s’est trop longtemps confondu. Le Hamas dont elle souligne la filiation avec les Frères Musulmans vient de reconnaitre  l’OLP et son programme. Leur but n’est pas seulement d’intégrer l’OLP, mais de le diriger. Ils cherchent une reconnaissance internationale. Le Hamas est aussi partagé en courants : l’un est plus nationaliste, l’autre intégriste.  Sur la question d’un ou deux états, Samia Banieh se déclare pragmatique : un seul état est une vue à long terme, à 100 ans ? Aujourd’hui, il faut continuer à exiger deux états, en mettant tout sur la table, Jérusalem, les colonies, la question essentielle de l’eau, les réfugiés… Interrogée sur la condition de la femme palestinienne, elle regrette de ne pas avoir pu séparer la religion et l’État dans la constitution. On doit maintenant mettre des conditions pour rendre la charia acceptable : âge du mariage de 18 ans minimum, mariage en présence d’un juge civil et de la future épouse, droit à l’héritage ou compensation financière pour la femme… Il faut créer un mouvement fort des femmes qui réclament leurs droits pour que la loi soit changée. Sur la planification des naissance, Samia Bamieh se bat pour le droit à la contraception sans accord du mari. La question n’est plus celle de la démographie mais celle de la santé des femmes : les jeunes couples aujourd’hui ont en moyenne trois enfants et cela suffit à l’accroissement naturel de la population. Un échange riche qui s’est poursuivi sur bien d’autres sujets comme l’éducation, la non violence, le repli sur soi contre la solidarité…